Fiche de lecture
1. Degré d’intérêt général
Un peu pas mal l'impression que le roman tourne à vide. Le roman présente trois fils, mais il n'y a pas vraiment de résonances, de liens entre les fils, à moins que ce ne soit trop subtil pour mes petits yeux…
2. Informations paratextuelles
2.1 Auteur : Olivier Rohe
2.2 Titre : Un peuple en petit
2.3 Lieu d’édition : Paris
2.4 Édition : Gallimard
2.5 Collection : nrf
2.6 (Année [copyright]) : 2009
2.7 Nombre de pages : 210
2.8 Varia : -
3. Résumé du roman
Le roman se développe sur trois fils distincts (qui ont vraiment très/trop peu de liens ensemble, à mon humble avis), identifiés respectivement par un lieu (“Bochum”), un personnage (“Personnage deux”) et une époque (du “3 janvier 1979” au “5 février 1989”). À Bochum, ville allemande au riche patrimoine théâtral, un acteur d'expérience (et séducteur avec ça) participe à l'élaboration de Mort d'un commis voyageur pour un des théâtres de la ville. En plus de se brouiller avec sa fille, il apprend être atteint d'un cancer qui s'attaque à ses cordes vocales. Passablement problématique pour un acteur. Personnage deux, quant à lui, est un jeune homme qui habite un immeuble, en ville et qui ne fait pas grand-chose de ses journées. Personnage quelque peu pathétique, il se croit investi de la mission de surveiller son immeuble et lorsqu'il sort, il se vexe dès qu'on le traite de “badaud”, même s'il fait tout, en réalité, pour être désigné ainsi, et qu'il finisse par l'admettre à la toute dernière ligne du livre. Enfin, le troisième fil raconte l'histoire parsemée de violence et de fuites d'un enfant qui grandit dans un pays en guerre.
4. Singularité formelle
Comme je l'ai dit, le roman regroupe trois fils distincts. Ceux-ci alternent à coups de quelques pages et sont chaque fois sous-titrés d'une date entre 1979 et 1989, “Bochum” ou “Personnage deux”.
5. Caractéristiques du récit et de la narration
Les trois narrations sont autodiégétiques, bien que le ton/style diffère d'un récit à l'autre. Les fils “Bochum” et “décennie 80” n'ont rien de particulier sur le plan de la narration. “Personnage deux”, quant à lui, est plus étrange. Premièrement, ses représentations des autres personnages sont imparfaites et surtout instables. Sa voisine, par exemple, change de nom, de forme ou de coiffure à chacune de ses apparitions, passe de laide à jolie, de vieille à jeune, etc. Deuxièmement, Personnage deux semble livrer un combat de tous les instants aux mots, qu'il ne parvient pas toujours à utiliser correctement: « Je ne dispose, très exactement, que de peu de mots pour les objets. Autant je suis en mesure d'articuler des termes philosophiques abstraits (la conscience, l'intention, etc.), ou d'attribuer des mots conformes aux sentiments complexes qu'ils désignent (je suis perplexe par exemple), autant je suis incapable, mettons, de distinguer un boulon d'une clé de douze. » Il ne croit cependant pas que ce problème est attribuable à une quelconque maladie mentale telle que la dyslexie. Il croit plutôt avoir rencontré, dans sa vie, « plus d'objets que de mots. » (p. 22-23)
Et plus le roman avance, plus « Personnage deux » a de la difficulté à se faire comprendre à cause des nombreuses traces de ses hésitations qui émaillent son récit. Presque chaque mot est accompagné entre parenthèses d'un synonymes ou d'une précision, ce qui rend son récit difficile à lire. En plus, lorsqu'il se décide à parler à un autre personnage personnage, ça sort tout croche, comme s'il ne choisissait jamais le bon mot pour s'exprimer : « L'envie (catégorie (classe) (nomenclature) : pressante (impérieuse (irrépressible) (quelque chose d'assez urgent si tu veux)) d'aller (rendre) aux toilettes (commission no 2) a eu raison (triompher de) (annihiler) (humilier) de ma décision de ne plus bouger d'un pouce (cheveux) (inch) de mon lit. C'est ce que j'ai dit à (Jean, Jean-Erwan ou Abdelatif) Ducraux, que j'ai croisé […] » Et voici maintenant ce que Personnage deux dit véritablement à Abdelatif quand il le croise dehors au milieu de la nuit : « Alors que j'avais l'intention, ferme bien sûr, de (bidonner) prétexter un jogging impromptu, c'est bien à la vérité (vérité vraie) (crue) (nue) (triste vérité) qu'Abdelatif a eu droit : « l'envie de nomenclature impérieuse si tu veux de rendre la commission no 2 aux toilettes a triomphé de ma décision de ne plus bouger d'un inch de mon lit. » » (p. 169-170)
Bref, Personnage deux se noie sous l'abondance des mots : son style devient illisible, son propos difficilement compréhensible.
6. Narrativité (Typologie de Ryan)
6.2- Multiple : récit cadre introduisant des micro-récits non-liés entre eux.
6.5- Tramée : il n’y a pas de macro-niveau de récit, présentations de destins entrecroisés dans le même cadre temporel
Justifiez : En fait, Un peuple en petit ne correspond ni à une narrativité multiple, ni à une tramée, mais c'est à ces deux types qu'il ressemble le plus. Il n'y a en effet pas de récit-cadre dans le roman, pas plus que les destins présentés nn'y sont entrecroisés dans un même cadre temporel. Bref, trois micro-récits non-liés, qui constitueraient (le conditionnel est de moi) un seul roman.
7. Rapport avec la fiction
Rien, il me semble, mais puisque je l'ai lu dans l'optique du projet Personnage de René, je n'ai pas prêté une attention très soutenue à ce point.
À la limite, on pourrait assimiler certaines difficultés d'élocution dans “Bochum” et “Personnage deux” à des commentaires métafictionnels, mais j'ai vraiment l'impression de pousser le bouchon un peu loin…
8. Intertextualité
Le personnage principal de “Bochum” se réfère souvent à Richard III, une pièce qui semble l'avoir considérablement marqué. Et, au présent, il s'affaire à préparer son rôle dans la pièce Mort d'un commis voyageur d'Arthur Fisher.
9. Élément marquant à retenir
Je dirais la diffraction presque totalement inutile. Ça bien sûr, c'est mon avis, mais certains compte rendus que j'ai lu sur le web saluaient le jeu subtil de résonances entre les trois fils du roman, sans toutefois donner d'indices sur les résonances en question… Bref, on atteint peut-être, avec ce roman, l'extrémité la plus ouverte du spectre de la diffraction, là où le sens serait le plus diffus possible, le plus ouvert…