Table des matières
Anne Legault (1994), Récits de Medilhaut
I- MÉTADONNÉES ET PARATEXTE
Auteur : Legault, Anne
Titre : Récits de Médilhault
Éditeur : L'instant même
Collection : -
Année : 1994
Éditions ultérieures : Parution en format poche en 2007, toujours chez L'instant même
Désignation générique : Aucune désignation explicite
Quatrième de couverture : « Nous sommes aux confins du monde. Finis terræ, la fin de la terre, et son commencement, devant moi. Les canots, réparés cette nuit, tiennent l'eau, et le chariot, ses roues arrachées et reclouées en guise de flotteurs, porte la presse à imprimer. Chaque coup d'aviron nous arrache cent cris cadencés dans une langue unique. La fin du monde sera pour un autre jour. Médilhault, XXIe siècle. La Troisième Guerre Mondiale a bel et bien eu lieu, mais pas celle qu'on attendait. Les riches l'ont gagnée, la classe moyenne a été annihilée en raison du ferment de contestation qu'elle porte en elle. Dans cet univers sur écran, l'écriture, comme acte individuel et privé, n'existe plus, personne ou presque n'en connaissant la pratique manuelle. Nous entrons dans un nouveau Moyen Âge. Connue par son œuvre de dramaturge, Anne Legault imagine les rites de ce monde neuf et ancien
Notice biographique de l’auteur : -
II - CONTENU ET THÈMES
Résumé de l’œuvre : La Troisième Guerre mondiale a eu lieu, cette fois entre les pauvres et les riches. Ces derniers l'ont emporté et imposent leur loi au reste de la population, dont la plus grande partie est cloîtrée dans les villes, interdite de lecture et de référence au passé, condamnée à exercer les métiers « traditionnels » (restaurateur, teinturier, menuisier, etc.). Les rares hors-la-loi à posséder encore des livres sont traqués et plus personne n'écrit à la main, tout se passe sur des écrans contrôlés par le Protecteur, autorité suprême de cette société proche du Moyen Âge par sa structure, mais imprégnée de technologie. D'un texte à l'autre, dans les Récits de Médilhault, le lieu et l'époque changent (du début à la fin du XXIe siècle) de manière désordonnée, un personnage en croise un autre, disparaît, revient quelques textes plus loin où il rencontre un nouveau personnage, jusqu'à former une véritable « communauté de destins » (Judy Quinn, « Fiction », dans Nuit blanche, no 107 (2007), p. 14).
Thème principal : Liberté
Description du thème principal : La société construite par les Récits de Médilhault est oppressante, obscurantiste, basée sur la répression de la liberté individuelle : l'autorité contrôle tout, écrire pour soi est une pratique oubliée, seuls les écrans permettent de lire ce qu'on veut bien que les gens lisent. De plus, la majorité des personnages du recueil sont des proscrits, des marginaux, des exilés en devenir qui tentent désespérément de reconquérir cette liberté. Dans un passage, celle-ci est aussi opposée à la quête du bonheur sur laquelle se fonde le capitalisme actuel : « Il règne ici un singulier sentiment de liberté qui n'est pas la liberté, un loisir de faire à sa guise qui ne doit servir à rien d'autre que cela, le loisir. Ils sont de plus en plus pauvres, mais ils font ce qu'ils veulent de cette pauvreté. Leurs enfants semblent heureux. Est-ce que ce sont bien leurs enfants qui se soulèveront en une seule vague, tueront et massacreront avant d'être massacrés à leur tour, exaspérés par la quête du bonheur, qu'on avait donnée à leurs ancêtres pour qu'ils se tiennent tranquilles. » (101-102)
Thèmes secondaires : guerre, exil, livres, lecture, écriture, autorité, dystopie, inceste.
III- CARACTÉRISATION NARRATIVE ET FORMELLE
Type de roman (ou de récit) : recueil de nouvelles
Type de narration : hétérodiégétique en général, autodiégétique dans seulement deux nouvelles.
Personnes et/ou personnages mis en scène : -
Lieu(x) mis en scène : Montréal, la future Tenochtitlan (à ne pas confondre avec l'ancienne…), la cité de Médilhault, le Nord-Ouest de l'Amérique.
Types de lieux : Villes (appartements, restaurants, cinémas, rues); hors des murs des villes (chemins peu sûrs, paysages déserts, sorte de no man's land)
Date(s) ou époque(s) de l'histoire : À différents temps du vingt-et-unième siècle, après la Troisième Guerre mondiale. Le futur, donc.
Intergénérité et/ou intertextualité et/ou intermédialité : Même s'il est souvent question de la lecture et de l'écriture dans les Récits de Médilhault, peu de livres sont mentionnés. Notons tout de même Germinal, Capital et Kamouraska. Les films de Chaplin font aussi quelques apparitions récurrentes, c'est d'ailleurs grâce à eux qu'un des personnages, atteint d'une grave malformation, apprend à rire.
Particularités stylistiques ou textuelles : Les Récits de Médilhault participent tous à la création d'un univers commun oppressant et primitif, ils s'imbriquent de façon volontairement imparfaite, laissant entre eux des interstices considérables qui font travailler l'imagination. Les différentes trames narratives partagent aussi certains personnages, ce qui augmente la tentation de les considérer comme un tout plutôt qu'individuellement. Même si le cadre temporel varie d'un récit à l'autre, ce sont les mêmes personnages qui se croisent à différents moments de leur vie. Toutefois, l'absence d'ordre chronologique entre les récits complique un peu cette vision unitaire, totale, et rend nécessaire un assemblage des différentes générations de personnages, une certaine reconstitution événementielle qui demeurera forcément incomplète.
Auteur(e) de la fiche : Sébastien Hogue